Expédition d'Antiochos Sidètès contre les Parthes
10,1 Ayant appris cela, Antiochos dans l'idée qu'il fallait prendre l'initiative de la guerre, conduit contre les Parthes son armée qu'il avait endurcie dans de nombreuses guerres frontalières. 2 Mais il n'y eut pas moins de préparatifs pour le plaisir que pour l'expédition, puisqu'à la suite de quatre-vingt mille soldats, il y avait trois cent mille valets56 dont cuisiniers et boulangers formaient le plus grand nombre. 3 Il y avait tant d'or et d'argent, c'est sûr, que les hommes de troupes avaient clouté d'or leurs godasses et qu'ils marchaient sur une matière pour l'amour de laquelle les peuples combattent avec le fer. 4 Les ustensiles de cuisine étaient également en argent, tout à fait comme s'ils marchaient vers des festins, et non à la guerre. 5 Beaucoup de rois orientaux accoururent vers Antiochos qui s'avançait : ils se livraient à lui, eux et leurs royaumes en maudissant l'arrogance parthe.
6 La confrontation ne tarda pas. Comme Antiochos, vainqueur en trois combats, s'étaient emparé de la Babylonie, il commença à être nommé "le Grand". Ainsi, tous les peuples passant dans son parti, il ne resta plus rien aux Parthes à part leurs territoires ancestraux.
Échec final et mort d'Antiochos Sidètès 7 Alors Phraate envoie Dèmètrios en Syrie avec un bataillon parthe pour s'emparer du royaume, afin que, de cette manière, Antiochos soit rappelé de Parthie pour protéger ce qui lui appartenait. Entre temps, il essaye de monter de toutes parts des embuscades contre Antiochos, puisqu'il ne pouvait l'atteindre avec ses troupes.
8 Par suite du grand nombre de ses soldats, Antiochos avait réparti son armée dans plusieurs cités pour les quartiers d'hiver et cette décision fut la cause de sa perte. En effet, alors que les cités se voyaient accablées par la fourniture des vivres et les exactions des soldats, elles passent aux Parthes et, à une date fixée, elles attaquent dans des embuscades les sections de l'armée qui se trouvaient chez elles, de façon qu'ils ne puissent se porter secours mutuellement.
9 Quand cela eut été annoncé à Antiochos, il avance pour porter secours aux plus proches avec la troupe qui hivernait avec lui. En chemin, il se trouva face au roi des Parthes, contre lequel il lutta plus courageusement que son armée. 10 À la fin, cependant, comme les ennemis l'emportaient en valeur militaire, il est abandonné par les siens effrayés et tué57; Phraate lui fit des obsèques royales ; il s'éprit de la fille de Dèmètrios qu'Antiochos avait emmenée avec lui, et épousa la jeune fille.
11 Ensuite, il commença à se repentir d'avoir laissé partir Dèmètrios : il envoya en hâte des escadrons de cavaliers pour le ramener ; les envoyés trouvèrent Dèmètrios, qui avait craint cela, déjà dans son royaume58 et, après avoir tout tenté en vain, ils retournèrent auprès de leur roi.
1 Cf. supra, 37,3,8.
2 Ariarathe VI, cf. supra, 37,1,3-5.
3 Ariarathe VII Philometor (c.111-c.101 a.C.).
4 fascia n'a pas un sens bien net : = tout ce qui est constitué de bandelettes entortillées autour de quelque chose; étant donné la blague qui suit, Mithridate avait dû mettre la lame dans son pagne.
5 Ariarathe Eusebes Philopator.
6 Ariarathe VIII, vers 96 a.C.
7 Cf. supra, 37,1,1,2. L'ambassade de 101 a.C. fut insultée par Saturninus, ce qui donna lieu à procès.
8 J'essaye de rendre ainsi le double sens de munus : don/charge.
9 Ariobarzane Ier Philoromaios (c.95-c.62)
10 Tigrane II Me/gas (c.95-55).
11 Nicomède III Évergète (128-94).
12 Nicomède IV Philopator (94-74).
13 Ariobarzane et Nicomède.
14 Le nom de ce Romain transmis par la tradition manuscrite ne correspond pas à celui d'un personnage connu. Les éditeurs anciens ont proposé diverses corrections dont aucune n'a donné lieu à un consensus.
15 En fait le légat du gouverneur d'Asie, M'. Aquilius, a été fait prisonnier à Mytilène et conduit au supplice sur un âne; le gouverneur C. Cassius s'est réfugié à Rhodes, et Nicomède est parti à Rome (88 a.C.).
16 Justin ne dit rien du massacre des Italiens qui vivaient dans les cités, ordonné par Mithridate, qui fit au moins quatre-vingt mille morts et donna lieu à d'immenses profits, provenant des pillages et des confiscations.
17 La règle est que le discours est toujours refait par l'historien, même s'il possède la sténographie du discours prononcé. Quoiqu'en disait Trogue Pompée, le discours peut être refait au style direct. Quand un discours a été publié, on ne le cite pas et on ne le refait pas. On relève dans l'Abrégé quelques discours directs (cf. tableau XXX), sans pouvoir affirmer qu'ils avaient cette forme dans l'œuvre de Trogue Pompée.
18 En fait, pendant les trois campagnes de Pyrrhos en Italie, les Romains n'ont été certainement battus qu'en juil. 280 à Héraclée ; les deux autres batailles : Ausculum (été 279) et Bénévent (été 275) furent incertaines. Au départ, les effectifs de Pyrrhos étaient considérables pour l'époque : 20 ou 50 éléphants, 3000 cavaliers, 23500 fantassins, c'est-à-dire bien plus que les cinq mille Macédoniens qu'évoque Mithridate et qui correspondent aux seules troupes d'infanterie prêtées par Ptolémée (cf. supra, 17,2,14).
19 Sac de Rome par les Gaulois de Brennus en 390 a.C.
20 À propos de l'épisode des Fourches Caudines en 321 a.C., au cours de la deuxième guerre samnite (326-304), cf. le récit de Tite-Live (9, 5-6).
21 Guerre sociale (91-89), souvent appelée par les auteurs latins bellum Marsicum du nom de l'un des principaux peuples confédérés.
22 À partir de la rivalité de Marius et de Sylla pour le commandement de la guerre contre Mithridate (88 a.C.), les luttes sanguinaires se déchaînent entre marianistes et syllaniens jusqu'à la fin des proscriptions de Sylla lors de sa dictature (1er juin 81).
23 En fait, les invasions des Cimbres et des Teutons avaient été victorieusement arrêtées par Marius en 102-101 a.C.
24 La Phrygie majeure, donnée de manière précaire à Mithridate V et revendiquée également par Nicomède II, avait finalement été proclamée libre par les Romains en 116 a.C.
25 Séleucos II (246-226), cf. supra, 27,1-3 ; 29,1,3 ; infra, 41,4,7-5,1.
26 Frère de Nicomède
27 Pharnace Ier (c.185-c.170).
28 131-129 a.C.
29 P. Cornelius Scipio Africanus, le vainqueur d'Hannibal à Zama en 202 a.C. et son petit-fils par adoption P. Cornelius Scipio Aemilianus, le destructeur de Carthage en 146 a.C..
30 Belle exagération rhétorique qui fait fi de la chronologie ; si le roi des Massyles, Massinissa, après certaines hésitations, s'était allié aux Romains pendant la deuxième guerre punique, tandis que Syphax, le roi des Massaesyles, époux de la princesse carthaginoise Sophonisbe, avait choisi l'autre camp, il mourut en 149, soit trois ans avant la prise et la destruction de Carthage.
31 Jugurtha, fils adoptif de Micipsa, fils et successeur de Masinissa.
32 L'argumentation est à la fois détestable et invraisemblable ; elle justifie a posteriori les points de vue romains.
33 Cf. supra 28,2 et 43,2,8-9.
L'assimilation berger/brigand, fréquente dans nos textes me semble née de l'époque des guerres serviles en Sicile ou on a effectivement des bergers esclaves (élevage extensif) qui se transforment volontiers en dangereux brigands.
34 Le surnom est propre au dernier Tarquin de la série traditionnelle des rois étrusques, qui aurait été chassé de Rome par la révolution dite "de 509 a.C.".
35 D. Briquel, "Pastores aboriginum (Justin, 38,6,7) : À la recherche d'une historiographie grecque anti-romaine disparue", RÉL, 73,1995, p. 45-59, voit dans ce discours un écho indirect de l'œuvre disparue de Métrodore de Scepsis. Ajoutons que les thèmes véhiculés par la propagande anti-romaine au début du Ier s. a.C. et certains des arguments du discours de Mithridate se retrouvent dans la Lettre de Mithridate au roi Arsace, l'un des fragments conservés des Histoires de Salluste ; Salluste et Trogue Pompée ont ici comme source Poseidonios qui est l'intermédiaire entre eux et Métrodore.
36 Les jumeaux Romulus et Rémus, dont la légende se fixe à partir du début du IIIème s. a.C.
37 Cf. supra, 1,10,23 ; 2,3,2 ; 2,5,9-11 ; 7,3,1.
38 Cf. supra, 9,1,9.
39 Justin emploie le nom sectio, qui signifie ici la dîme d'Asie.
40 Ptolémée VI Philomètor, mort en 145 a.C..
41 Ptolémée VIII Évergète II "Physkon" (145-116 a.C.).
42 Cléopâtre II, veuve de Ptolémée VI, son autre frère.
43 Ptolémée VII Neos Philopator, associé au trône par son père et sa mère en 147 a.C.
44 Cléopâtre III.
45 P. Cornelius Scipio Emilianus, le destructeur de Carthage en 146 a.C.
46 L. Mummius Achaïcus, le destructeur de Corinthe en 146 a.C.
47 L. Caecilius Metellus, qui sera consul l'année suivante, en 139 a.C.
48 Justin parle de sa mère, à elle, cf. supra 8,5.
49 En 131 a.C.
50 cf. les Atrides et c.
51 129 a.C.
52 Cf. supra, 36,1,1-6. Démétrios II Nicator, pris en 139, vécut en captivité jusqu'en 130 a.C.
53 Mithridate Ier Arsace VI Me/gas, Roi des Rois, Philhellène (171-138).
54 À Mithridate, mort en 138, succède son fils Phraate II Arsace VII (138-128).
55 Géographie imaginaire de l'espace parthe, ou raccourci par Justin des aventures de Callimandre.
56 Ce nombre manifestement exagéré, transmis par les mss des classes a et b, a été corrigé arbitrairement par les premiers éditeurs en trente mille. Les mss de la classe g et Orose (5,10,8), qui a utilisé un ms. de cette tradition, écrivent deux cent mille.
57 En 129 a.C., cf. infra, 39,1,1 et 6.
58 Dèmètrios régna de nouveau de 129 à 125 a.C.