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Adalbero Laudunensis
Rythmus Satiricus
ed. Sébastien Bricout, 2004.


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[traduction française et bibliographie]

BIOGRAPHIE.
        Adalbéron de Laon ou Ascelin est né après 947 et avant 953 probablement en 950 (cf. Robert T. Coolidge, « Adalbero, Bishop of Laon », dans Studies in Medieval and Renaissance History, vol. II, Lincoln, University of Nebraska Press, 1965, p. 7). Il est évêque de Laon le 16 janvier 977 jusqu'à sa mort le 27 janvier 1030 (cf. R. T. Coolidge, op. cit., p. 93). Il est également le neveu de l'archevêque de Reims du même nom Adalbéron (964-989). Il devient chancelier du roi Lothaire en 974 puis conseiller, peut-être davantage (adultère supposé), de sa veuve la reine Emma. Pendant la guerre qui a opposé Hugues Capet au dernier des Carolingiens le duc Charles de Basse Lorraine, il est prisonnier à Laon, se rallie au prétendant du trône et le livre à Hugues Capet d'où sa réputation de " vieux traître ".

        C'est un homme paradoxal qui devient écrivain. Il écrit quelques œuvres que nous qualifierions de secondaire le De Summa Fidei (un poème théologique), une lettre à Foulques d'Amiens et le Rythmus satiricus, dirigé contre Landri de Nevers, daté entre le 12 mars et le 24 octobre 996 (Cf. Ferdinand Lot, dans ses Etudes sur le règne de Hugues Capet et la fin du Xe siècle, Paris, 1903, pp. 414-423, dans son appendice XII : date de la composition du Rythmus satiricus). Mais il fut surtout célèbre pour avoir écrit un Poème au roi Robert (le Carmen ad Rotbertum regem) où il s'oppose aux moines de Cluny et expose la tripartition de la société : ceux qui prient (oratores), ceux qui combattent (bellatores) et ceux qui travaillent (laboratores). Cette tripartition de la société ne mourra vraiment qu'en 1789.

Sébastien Bricout.
Juin 2004.
Addenda et Corrigenda Juin 2005.

REMARQUES.
        Avant de reproduire l'introduction de G.-A. Hückel au poème Rythmus satiricus quelques remarques s'imposent.

        D'abord, le texte latin reproduit ci-après est le texte de Mabillon. Plusieurs corrections ont été effectuées par rapport aux texte de Hückel (hormis celles déjà effectuées par lui-même strophe 8 et 21) apportées par divers éditeurs : Dom Bouquet, Beaudoin, Mabillon, Ferdinand Lot (strophes 8, 9, 12, 14, 20, 21 et 25). Elles seront indiquées dans les notes du texte latin. De plus la dernière strophe a été reproduite en capitales comme dans l'édition de Mabillon.

        Ensuite le texte latin sera suivi de notes critiques ayant pour but d'éclairer le texte parce qu'Adalbéron accumule les allusions, les jeux de mots dans un style elliptique qui vise plus l'effet rythmique que la clarté. Adalbéron se présente comme un rhéteur satirique.

        Enfin Ferdinand Lot, dans ses Etudes sur le règne de Hugues Capet et la fin du Xe siècle, Paris, 1903, pp. 414-423, dans son appendice XII : date de la composition du Rythmus satiricus, relève plusieurs contresens à la traduction de Hückel qui ne sera pas reproduite. Je m'efforcerais bientôt d'en donner une nouvelle traduction en tenant compte des corrections apportées par F. Lot. Cependant on peut recourir à la traduction proposées par Claude Hohl qui tient compte des remarques de F. Lot, dans La chanson de geste et le Mythe carolingien. Mélanges René Louis publiés par ses collègues, ses amis et ses élèves à l'occasion de son 75e anniversaire, tome 2, Paris, 1982.

Sébastien Bricout.
Mai/Juin 2004.
Addenda et Corrigenda Juin 2005.

Le " rythmus satiricus " ou La chanson sur Landry de Nevers
        d'après Mélanges [deuxième] du Moyen Age publié sous la direction d'Achille Luchaire, Les Poèmes satiriques d'Adalbéron [évêque de Laon 1010-1023], par G.-A. Hückel, dans Bibliothèque de la Faculté de Lettres de Paris, t. XIII, Paris, 1901, pp. 69-86.

TEXTE ET TRADUCTION DU RYTHMUS SATIRICUS.

        Mabillon a donné le texte du Rythmus satiricus de temporibus Rotberti regis d'après un manuscrit de Beauvais découvert par le chanoine Geoffroi Hermant. Il n'y a pas chances de retrouver ce texte prototype, et nous ne pouvons nous servir que de l'édition donnée par Mabillon dans ses Analecta vetera (t. III, p. 533 ; nova editio, pp. 366-367), et reproduite par les continuateurs de Dom Bouquet (Historiens de France, t. X, pp. 93-94 sous le titre Rythmus satiricus de temporibus Rotberti regis). Or dans ces deux réimpressions, le texte est disposé comme il l'était évidemment dans le manuscrit, où le copiste avait arrangé les choses de manière à prendre le moins de place possible. Les premiers éditeurs ne se sont pas aperçus qu'ils avaient à le transcrire en vers rythmiques, octosyllabiques, conformément à l'intention présumable du chansonnier.

        Ch. Lenormand, dans un article sur un Poème rythmique relatif à des événements du règne de Childebert Ier (Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. Ier, p. 323-327), a le premier reconnu des couplets de quatre vers octosyllabiques dans le Rythmus satiricus. Mais, ignorant les règles du rythme, il s'est figuré que les fins de vers devaient rimer entre elles, sur le modèle de cette strophe :

Achitophel prosperitas
Est Europae captivitas ;
Qui pejor fit quotidie,
Periturus tardissime.

Elle lui semblait d'une rare correction. C'est ce qui l'a amené à proposer des conjectures et des transpositions de texte plutôt malheureuses et inutiles, par exemple pour les premiers vers :

Orbis magni monarchiam dolus Landrici nititur
Per energiae studium sollemniter evertere,

qu'il rétablissait d'après son système :

Monarchiam orbis magni
Dolus nititur Landrici
Per studium energiae
Sollemniter evertere.

        Nous sommes de l'avis de Pfister, Etudes sur le règne du roi Robert le Pieux, p.50 en note, qui condamne ces conjectures au moins téméraires.

        Beaudoin, rééditant dans son travail sur Les trois femmes du roi Robert (pp. 218-222 dans Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 8e s., t. V, année 1883) le texte du Rire de Landry, s'est moins appuyé sur la rime que sur la mesure, et a suivi Mabillon, en coupant exactement par hémistiches la prétendue " prose rythmée " du premier éditeur. Le texte donné par Beaudoin se trouve ainsi conforme au texte du manuscrit lu à travers Mabillon, et est publié en couplets de quatre vers chacun. C'est la véritable complainte satirique dont le même Lenormand cite les précédents en France aux VIIIe et IXe siècles.

        Nous n'avons pas cru devoir adopter un autre procédé. Le texte que nous publions ne se distingue donc pas de ceux de Mabillon et de Beaudoin. Signalons cependant une différence : nous avons respecté la transcription du premier éditeur, lettre pour lettre, sauf au couplet 8, où une leçon Ceges n'est que trop évidemment une faute de copie pour Reges, comme au couplet 21, une transcription fraudibus est à coup sûr un lapsus calami pour laudibus : ces corrections ont déjà été faites dans les Historiens de France. Mais nous avons écarté les corrections (ingénieuses, sans doute) que proposait Mabillon en marge, et qu'a adoptées sans discussion M. Beaudoin ; nous ne les avons signalées qu'en note, nous forçant chaque fois de considérer comme intelligible le texte que nous avions sous les yeux, ou leçon représentant le premier texte. Les notes relèvent les diverses conjectures ou modifications proposées.

        La traduction française du Rythmus satiricus est d'un travail pénible. M. Beaudoin avait joint, à son travail d'interprétation du document, un essai de version littérale, disposé matériellement en couplets, et traduisant le latin vers à vers. Outre que l'allure en paraît un peu fantaisiste, elle se ressent, et pour cause, des obscurités du texte même ; pour avoir été ingénieuse, elle n'est pas toujours claire. Nous avons cru pouvoir nous autoriser à refaire la traduction de la Chanson de Landry de Nevers.

G.-A. Hückel.

1. Orbis magni monarchiam
Dolus Landrici nititur
Per energiae studium
Sollemniter evertere
1.

2. Est lapis unus in Sion
Quem dicunt petram scandali,
Quae cecidit super caput
Achitophel jam septies
2.

3. Sed cum cadit lapis semel,
Cadit vi septenaria ;
Contritum spiritaliter
Burgundionem vidimus.

4. Achitophel Burgundia
Aetati nostrae reddidit,
Multum crinitus Absalon
Cujus sprevit consilium.

5. Intrat saepe palatia
Versipellis regalia ;
Occultat nasum pellibus,
Pectus subdendo fraudibus.

6. Jam Catilina nequior
Amicis praebet osculum.
Sed praetendit decipulas
Sapore fellis ebrias.

7. Alter Jugurtha loquitur
Non ex fide, sed de fide,
Pro veris amicitiis
Reddens inimicitias.

8. Ad regum pergens solium,
Reges salutat, non amat
3,
Sed est quasi tugurium
Alto cucumerario.

9. Non est auditus in Theman,
Nec inventus in Chanaan
4
Prior risus in vulpibus5,
Amicis ignorantibus.

10. Sed didicit episcopus
Quod tristis fuit clericus :
Itur a Chela Worchias,
A Worchiis Parisius.

11. Crassi risus commotio,
Est regni perturbatio :
It juxta saepem mingere
Qui reges scit seducere

12. Statum subvertit principum
Hostis Francorum procerum,
Diffusis currens risibus
6
Sicut crassus Vulpennius.

13. Non percipit Adalbero
Achitophel cur rideat ;
Vulpes portat in pectore
Qui suis nescit parcere.

14. Dolis armatus furcifer7
Heinrico tollit feminam,
Prius Widoni gratiam,
Timens sponsae prudentiam.

15. Uxor petit Vasconiam,
Achitophel malitiam,
Dum per jurandi sarcinam
Totam conturbat patriam.

16. Honoris fundit terminum,
Intrans regis palatium :
Henricus sit aedituus,
Dicit Bodonis filius,

17. Fiat Rex Hugo monachus,
Rex Robertus episcopus,
Habens hic vitam simplicem,
Alter vocis dulcedinem !

18. Obscura fraudum legio
Regnat Landrici stomacho,
Cujus munit sententias
Nabuzardan auctoritas

19. Cachinnis ostendit dolum,
Respectus et periculum :
Acuta sunt novacula
Perfidiae duritia.

20. Promissionis scissio
Praesentatur in subdolo
Verborum sub umbraculo
8,
In mendoso volutabro.

21. Saliva mixta fraudibus
Ejus versatur laudibus
9 ;
Sermones cum periculis
Ejus versantur syllabis.

22. Herodiadis nuptias
Renovavit illicitas ;
Incesta propter basia
Sperat Pruvini moenia.

23. Architriclinus impius
Gavisus est pro moenibus ;
Potentiorem fieri
Gavisus est pro nuptiis.

24. Dormivit rex in lectulo
Landrici pontificio ;
Dormit Bertae promissio,
Irascitur Burgundio.

25. Eglon noster novissimus,
Cujus ut non turpissimus,
Multis est pastus dapibus
10 :
Non placet Pruvinensibus11.

26. Secundum Lunam patitur,
Spe varia confringitur ;
Pruvinum nunquam perdidit
Quod habere non potuit.

27. Plumbi scribatur lamina
Ne transeat memoria,
Ut posteri sint providi,
Si post mortem surrexerit :

28. ACHITOPHEL PROSPERITAS
EST EUROPAE CAPTIVITAS.
QUI PEJOR FIT QUOTIDIE,
PERITURUS TARDISSIME.

G.-A. Hückel.

COMMENTAIRE CRITIQUE.
        Ascelin emprunte de nombreuses références à des personnages de l'Ecriture sainte (essentiellement de l'Ancien Testament, c'est à remarquer) et à l'histoire profane.

strophe 1 :
        Adalbéron, chancelier du roi Lothaire, a contribué en 987 à la destitution du dernier Carolingien et à l'avènement de Hugues Capet.
        Il faut chercher ses motivations dans l'espoir qu'il a d'un empire chrétien supérieur aux royaumes particuliers. Il croit à l'avenir de l'empire romain incarné un temps par Constantin et par Charlemagne et à son époque par la dynastie ottonienne en Germanie.
        Ascelin en veut à Landri de Nevers d'avoir fait échoué en 993 le rapprochement que l'évêque de Laon a tenté entre Hugues Capet / Robert le Pieux et Otton III. L'évêque voulant faire passer le royaume franc sous la préséance et l'autorité de l'empereur germanique afin de faire revivre l'unité de l'empire chrétien d'Occident.
        Ascelin est affligé de voir les deux rois France refuser, après 995, catégoriquement son idée de subordination politique de la Francie occidentale à l'empereur germanique. Il en rendait Landri responsable et pour lui la politique de Landri devait amener l'asservissement de toute l'Europe à des féodalités locales (cf. strophe 28).

strophe 2 :
        Sion est une des collines de Jérusalem. Ce terme est souvent synonyme de Jérusalem (cf. Esaïe 8, 14 ou Epître de Paul aux Romains 9, 32-33).
        Achitophel est le conseiller du roi David et de son fils Absalon. Achitophel persuada Absalon d'abuser en public des concubines de son père afin de ridiculiser celui-ci. Et il voulait élever Absalon à la royauté. Ayant échoué dans ses desseins , il se pendit de désespoir (cf. 2 Samuel 16,15 – 17,23. Il faut rappeler que dans la Vulgate, les Rois comprennent 4 livres : Samuel 1-2 + Rois 1-2).
        Achitophel est le surnom de Landri. Il est le conseiller du roi Robert le Pieux qui avait, comme Absalon, une abondante chevelure (multum crinitus cf. strophe 4).

strophe 3 :
        Ascelin distingue nettement la Bourgogne de la Francia occidentalis en employant le surnom Burgundio pour désigner ironiquement Landri.

strophe 4 :
        Absalon, fils de David (1056-1016 av. J.-C.) qui se révolta contre son père, fut vaincu dans un combat. Obligé de s'enfuir, il s'embarrassa par ses longs cheveux dans les branches d'un arbre et fut tué par Joab (1030 av. J.C.). David le pleura.

strophe 6 :
        Patricien ambitieux, autrefois au service du dictateur Lucius Cornelius Sylla (ou Sulla), Lucius Sergius Catilina (108 ? – 62 av. J.-C.) ne parvint jamais à se faire élire consul. Candidat au consulat pour l’année 63, il fut battu par Cicéron. Poussé par la faction des populares, dont César et Crassus, il se représenta en 63 aux élections consulaires pour 62 mais subit un nouvel échec. Dans les derniers mois de 63, il décida alors de s’emparer du pouvoir par la force. Cicéron, qui était alors consul, informe de ce qui se tramait, étouffe la conspiration, prononçant à cette occasion les célèbres Catilinaires. Les complices de Catilina furent exécutés. Quant à Catilina qui s’était enfui en Étrurie, et à ses troupes, ils furent anéantis par le second consul à Pistoia, sans doute en février 62.

strophe 7 :
        Jugurtha est le petit-fils de Masinisa et fils adoptif de Micipsa. A la mort de ce dernier, il s'empara du territoire de ses frères. S'opposant à Rome entre 112 et 105 av. J.-C., après des succès prometteurs, il finit par être sévèrement affaibli par Metellus et Marius, avant d'être livré à Sulla par son allié et parent Bocchus. Amené à Rome en 105, il y mourut en janvier 104 dans la prison de Tullianum, à l'âge de 54 ans.
        Une question se pose est-ce que la 1ère monographie de Salluste La conjuration de Catilina a amené par association d'idées Adalbéron à penser à la 2ème monographie de celui-ci La Guerre de Jugurtha ? Ou est-ce les discours de Cicéron les Catilinaires qui ont amené à l'ouvrage de Salluste ? Il s’agit vraisemblablement de Salluste (cf. strophe 6 : Catilina, strophe 7 : Jugurtha). C’est sur cet auteur que Richer a modelé son « Histoire de France ». Richer a comme Ascelin effectué une partie de sa formation intellectuelle à Reims dont la bibliothèque contenait entre autres les livres de Salluste (cf. Richer, Histoire de France, éd. et trad. R. Latouche, 2ème éd., Paris, Les Belles Lettres, coll. Les classiques de l’Histoire de France au Moyen Age, t. I, 1967 et t. II, 1964). Toujours est-il que les ouvrages de Salluste tournent autour des vicissitudes d'un individu que caractérisent son ambition et son énergie... C'est le cas de Landri.

strophe 8 :
        Une réminiscence empruntée au prophète Esaïe (1, 8) : " derelinquetur filia sua…sicut tugurium in cucumerario " qui prédit à un père que sa fille sera délaissée de tous les prétendants comme les huttes dans un champ de concombres. Ce passage biblique a son explication dans l'habitude d'élever des huttes, en Orient, dans les champs de concombres pour les garder. Une fois la récolte faite, ces abris était laissés à l'abandon...
        Landri de Nevers a beau paradé à la cour des rois mais il a l'air d'être comme une hutte au milieu d'un champ de concombres : il est seul. Personne ne lui adresse la parole ou ne l'entoure.

strophe 10 :
        L'évêque de Laon a su qu'il avait été mauvais diplomate : " triste clerc ".
        Chelles : chef-lieu du canton de Seine-et-Marne. Résidence royale. A Chelles siégea un concile en 993.
        Vorches : appelé aujourd'hui Vorges, dans le canton de Laon, terre du domaine de l'église de Laon située à une lieue de la ville épiscopale. C'est la résidence épiscopale des évêques de Laon.
        Paris : palais royal.

strophe 12 :
        Landri essaie d'ébranler le statut politique des deux rois de la Francie occidentale Hugues Capet et Robert le Pieux. Espérant la réussite de ses intrigues, il se lance dans des éclats de rire tel un centurion appelé Vulpennius
        Vulpennius fait référence aux éclats de rire de ce centurion dont parle Perse (Aulus Persius Flaccus, 34-62 ap. J.-C., a écrit des Satires) dans sa satire V aux vers 189-191 :

« Dixeris haec inter varicosos centuriones,
Continuo crassum ridet Vulpennius ingens
Et centum Graecos curto centusse licetur. »

        Le cas de Perse est éclairant. Cette réminiscence montre la familiarité qu'Ascelin entretenait avec cet auteur comme les citations directes dans le Carmen (cf. Adalbéron de Laon, Poème au roi Robert, éd. et trad. Claude Carozzi, Paris, Les Belles Lettres, coll. Les classiques de l'Histoire de France au Moyen Age, 1979, 32e volume, pp. XL-XLIII) le confirment. Adalbéron a effectué sa formation intellectuelle à Gorze avant 969 où se trouvait deux copies de Perse avec des commentaires puis il a fini celle-ci à Reims de 969 à 974 où Gerbert faisait étudier Perse par ses élèves (cf. Richer, Histoire de France, éd. et trad. R. Latouche, 2ème éd., Paris, Les Belles Lettres, coll. Les classiques de l'Histoire de France au Moyen Age, t. I, 1967 et t. II, 1964. Voir t. II, pp. 56-57).

strophe 13 :
        Ascelin parle de lui même à la 3ème personne (cf. episcopus de la strophe 10 où il se désigne par son titre)

strophe 14 :
        Il paraît évident que les intrigues de Landri ont privé le duc de Bourgogne, Henri le Grand (965-1002), frère de Hugues Capet, de sa femme qu'il avait sûrement séduite. Il s'agit de la 2ème femme d'Henri le Grand Gersende épousée avant le 11 octobre 994, date d'une donation à l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre.
        Widon ou Gui pourrait être le comte de Mâcon, fils d'Othe-Guillaume et beau-frère de Landri. Il est cité plusieurs fois dans les chartes de Cluny entre 994 et 1002. Henri le Grand se brouilla avec lui par la faute de Landri.
        Gersende est la sœur de Sanche, duc de Gascogne (mort en 1030), fille du duc Guillaume-Sanche, contemporain d'Hugues Capet. La gasconne quitta soit volontairement soit fut répudiée par son mari avant 996, date du Rythmus satiricus.
        Ascelin rejette la faute sur Landri. On pourrait tout aussi bien voir la main d'Othe-Guillaume, fils de Gerberge (la 1ère femme d'Henri le Grand), et d'Adalbert, qui comptait succéder à Henri à sa mort ce dernier n'ayant pas eu d'enfant de sa première femme. Le second mariage pouvait ruiner ses espérances de son accession au duché. Il fut peut-être aidé dans sa tâche par Landri qui lui était redevable de tout.
        Claude Hohl (op. cit.) compare cette affront à celui infligé par le goupil à la femme d'Ysengrin dans le Roman de Renart. Selon lui l'épopée animale de Renart et d'Ysengrin florissait déjà au Xe siècle dans des monastères comme Saint-Epvre de Toul (Ecbasis captivi Ysengrinus).

strophe 15 :
        Vasconia désigne la Gascogne.
        Gersende , par suite du scandale provoqué ou abandonnée par Landri, retourna chez ses parents en Gascogne (cf. Historia abbatiae Condomensis). Landri dut jurer publiquement qu'il était innocent de ce crime. Il alla jusqu'à proposer un duel à quiconque persisterait à l'accuser. Cette proposition fit grand bruit en Bourgogne (patria) selon Ascelin.

strophe 16 :
        Landri est le fils d'un certain Bodon, d'un rang vraisemblablement modeste. Landri, devenu comte de Nevers par la volonté d'Othe-Guillaume, comte de Mâcon et futur héritier du duché de Bourgogne, a d'ailleurs épousé une de ses filles, Mathilde.

strophe 17 :
        Landri a pour projet de faire du duc Henri de Bourgogne un sacristain, en raison de sa dévotion, Hugues Capet un moine en raison de sa vie simple et de Robert le Pieux un évêque parce qu'il avait une voix mélodieuse. Selon Helgaud de Fleury, panégyriste du roi, dans la Vita Roberti regis, le roi Robert avait une belle voix et chantait au lutrin (cf. Helgaud de Fleury, Vie de Robert le Pieux, éd. R. H. Bautier et G. Labory, Paris, 1961). Landri de Nevers voulait réduire les trois princes à l'inaction politique afin de capter le pouvoir à leur place. Cette strophe fait écho à la strophe 28 où la réussite de Landri serait l'asservissement de l'Europe
        Adalbéron parle du roi Robert en faisant allusion à sa vocis dulcedo, de même Raoul Glaber parle de sa douceur de parole (dulcisque eloqui, cf. Raoul Glaber. Les cinq livres de ses Histoires (900-1004), éd. M. Prou, Paris, 1886, Livre II, 7, p.27)

strophe 18 :
        Nabuzardan : général babylonien qui transporta les Juifs en Babylonie (cf. 2 Rois 25, 8-21 ; Jérémie 39, 9-14 et Jérémie 52, 12 – 30).

strophe 19-20 :
        On ne peut pas tenir compte de la parole donnée par Landri. Des divergences de vue entre Ascelin et Landri sont apparues à la suite du couronnement de Hugues Capet en 987.
        Landri a dénoncé Ascelin en 993 pour avoir participer avec Eudes Ier, comte de Blois, à un complot tendant à subordonner le royaume capétien à l'empereur Otton III (aussi orthographié Othon).

strophe 22 :
        Hérodiade : princesse juive. Petite-fille d'Hérode le Grand. Elle épousa successivement ses deux oncles Hérode Philippe (dont elle eut Salomé) et Hérode Antipas et exigea de ce dernier le supplice de saint Jean-Baptiste selon les Evangiles (cf. Matthieu 14).
        Provins : chef-lieu d'arrondissement de Seine-et-Marne.

strophe 25 :
        Eglon : (1514-1490 av. J.-C.) roi des Moabites. Il tint les Hébreux asservis pendant 18 ans et fut assassiné par l'un d'eux, Aod (cf. Josué 10, 3 – 37).

strophes 22 à 26 :
        On arrive dans le vif du sujet de la satire : c'est l'affaire des amours illicites de Robert le Pieux avec sa cousine Berthe, veuve d'Eudes de Blois. Cette affaire a débuté au cours de l'année 996, quelques mois avant la mort d'Hugues Capet (le 24 octobre 996) qui ne voyait pas ce projet de mariage d'un bon œil.
        Berthe est une princesse, née vers 966, la fille de Conrad le Pacifique, roi de la Bourgogne transjurane, de la famille des Guelfes possessionnée en Auxerrois dans les années 840 à 875. Berthe est la cousine du roi au 36e degré. Or Robert était le parrain d'un de ses fils. Or le droit canonique en vigueur interdit le mariage de celui qui avait été choisi comme parrain.
        Ascelin fait jouer à Landri le rôle d'entremetteur pour les rencontres galantes entre Berthe et Robert. La bénédiction du comte de Nevers aurait remplacé la bénédiction épiscopale prévue par les sacramentaires de l'époque.
        Le mariage religieux fut célébré après la mort de Hugues Capet. Mais le pape Grégoire V intervient. Considérant cette union comme incestueuse, il proclame la nullité du mariage et excommunie les deux conjoints au Concile de Rome en 998.
        Berthe aurait promis à Landri, aux dires d'Ascelin, pour récompense d'avoir joué le rôle d'architriclinus (ordonnateur) du festin de ses noces, de lui céder la ville forte de Provins. Cependant elle n'aurait pas tenu la promesse de lui donner la ville provenant certainement de son douaire.
        On peut supposer que le Rythmus satiricus a été écrit pour raconter la déconvenue de Landri.
        Une dernière remarque : Landri est qualifié architriclinus et est comparé à Eglon, roi de Moab. De ce rapprochement, on peut déduire que Landri a été soit comte du palais soit sénéchal (en latin dapifer). D'où le vers de la strophe 25 " multis est fastus dapibus " (tout dépend si l'on accepte ou non la correction de Mabillon). C'est grâce à cette allusion que nous supposons que le comte de Nevers occupait cette haute charge à la cour de la Francie occidentale.

Sébastien Bricout.
Mai/juin 2004.
Addenda et Corrigenda Juin 2005.

Pour toutes suggestions ou remarques sbastien_bricout@yahoo.fr



1 Strophe 1 : Ch. Lenormand :
" Monarchiam orbis magni
Dolus nititur Landrici
Per energiae studium
Sollemniter evertere. "

2 Strophe 2 : Le même lirait crines au lieu de caput et ferait rimer Sion avec dicunt.

3 Strophe 8 : Mabillon éditait Ceges. Dom Bouquet rétablissent Reges.

4 Strophe 9 : Thevan, Corbanan, dans Mabillon. Beaudoin rétablit les noms bibliques défigurés Theman et Chanaan.

5 Strophe 9 : vulpibus pour Mabillon au lieu de vultibus.

6 Strophe 12 : Ferdinand Lot remplace ratibus par risibus.

7 Strophe 14 : justifer. Mabillon propose le mot furcifer.
Ch. Lenormand, conformément à son système, remplace justifer, " inintelligible " par nequam, et construit ainsi la strophe :
" Dolis armatus vis nequam
Heinrico tollit feminam,
Prius Widoni gratiam,
Timens sponsae prudentiam. "

8 Strophe 20 : membraculo. Mabillon conjecture umbraculo.

9 Strophe 21 : Laudibus. Mabillon corrigeait déjà ainsi le lapsus calami, fraudibus.

10 Strophe 25 : fastus. Conjecture de Mabillon : pastus. Pour G.-A. Hückel : fartus.

11 Ch. Lenormand rétablissait :
" Eglon noster novissimus
Cujus venter turpissimus. "
semblables allitérations étant conformes, dit-il, au goût de l'époque.


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